Y'a de ca un petit mois, sans doute blasé de bouffer mes trois oeufs sur le plat quotidiens, je me suis dit:

"c'est pas tout ca, mais si je bouffais de la viande plutot. Pasque, bon..."

Alors, avec la logique implacable de l'éleveur avicole amateur, je décidai de faire couver mes oeufs par une de mes poupoules volontaires.
Et de volontaire, ca tombait bien, j'en avais justement une de toute évidence prête pour le challenge: l'air un peu abruti par une espèce de fièvre maternelle, la crête bien rouge et tombante, une activité réduite et une posture nonchalante( quoique la posture nonchalante chez la poule soit assez difficile à distinguer de la posture alerte). Je tenais mon poulain (enfin, voilà quoi) pour cette course à la reproduction.

A dater de ce jour, je laissais donc une bonne demie douzaine d'oeufs, marqués par de petits points au feutre, dans un des nids et ne récupérais par la suite que les oeufs non marqués et donc pondus fraichement.

Voyant ce tas d'oeufs immobile et stagnant, ma candidate, pasque c'est quand même un peu concon une poule, se dit "tiens, et si je faisais des gosses", et décida de passer trois semaines à surchauffer un nid de paille alors que la température extérieure était déjà d'un bon 35°

Jour après jour, je me félicitais d'avoir cru en elle. Elle était là, fidèle au poste, s'abstenant de bouffer et de boire malgré les petits soins que je lui prodiguais. Petit à petit se développait son instinct protecteur et, lorsque j'approchais la main, de plus en plus, je la voyais gonfler son plumage, juchée sur sa quinzaine d'oeufs, l'air de dire" t'approches pas, ou je te crève les yeux".

Or donc voilà, les trois semaines sont passées et aujourd'hui: " pîî pîî pîî " 5 petites boules de duvet apparaissent aux côtés de la mère, les plumes plus gonflées que jamais.

poussin